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Interdiction totale du tabac en France


Interdiction totale du tabac en France

lundi 26 novembre 2007, par Silvia


La réforme mise en place en février 2007 relative à l’interdiction de fumer dans les établissements publics y compris sur les lieux de travail, va être prochainement suivie de sa consœur. Dès janvier 2008, les bars, restaurants et discothèques, jusqu’ici épargnés puisque bénéficiaires d’un sursis d’un an, auront à leur tour l’obligation de prohiber le tabac.

Quelle noblesse que de préserver la santé des citoyens français...

Cependant, deux questions, entre autres, se posent, et surtout dans l’esprit des fumeurs : jusqu’où ira la législation française, voir européenne, pour éradiquer le tabagisme ? Et quelles en seront les conséquences ?

Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est qu’aucune réforme n’a soulevé le problème autrement. Pourquoi ne pas prendre le fléau directement par la racine, comme par la voie expresse de l’éradication du tabac ? Et bien, certainement pour des raisons économiques...

Pour tenter de répondre aux deux questions sus-citées, je vous invite à regarder cette petite vidéo-fiction d’avant-garde...

Bonne projection !!


Texte de la vidéo interdiction totale de fumer en France


Bonsoir, fin 2007 le tabac devenait totalement interdit en France. Durant 3 ans, les forces de l’ordre ont mené une lutte sans merci contre les trafiquants, les revendeurs et les usagers. En Janvier dernier, le Tribunal Correctionnel de Melun condamnait pour la première fois à la prison ferme un fumeur multirécidiviste. Le Ministère de l’Intérieur le sait, les accros au tabac restent nombreux, contraints à la fraude et à la clandestinité.

Nos équipes de reporters ont suivi, pendant plusieurs semaines, ces délinquants de la cigarette.

Portrait d’une France qui fume : une enquête saisissante de Pierre-Henri Lacroix et Christian-Olivier Blanchard.

Paris, quartier de la Chapelle, cette cours d’immeuble désaffectée est l’un des derniers endroits de la capitale où l’on fume en plein air. Ses habitués, une centaine de personnes selon la police, l’appellent « le cendrier ». Consommer le plus souvent sur place, la cigarette se négocie ici à 5 euros l’unité. Les habitués du cendrier prennent soin de ne jamais abandonner leurs mégots par crainte d’éventuelles analyses ADN. A maintes reprises, nous tenterons d’interviewer l’un de ces fumeurs, mais à chaque fois, notre arrivée provoque leur fuite. Certains, se montrent même violents. Et puis, un soir où le cendrier est presque désert, nous recueillons le témoignage de Pédro, un étudiant en droit de 25 ans :

Pédro : « ouai j’viens là à peu près 3 à 4 fois par semaines, quand j’peux pas acheter en gros parce que j’ai pas assez de fric, ben j’viens ici, j’en achète une, j’la fume sur place, voilà ! »

L’interviewer : « en venant ici, t’as pas peur des descentes de police ? » Pédro : « Si, si, ben évidemment, on a souvent peur de ça, faut s’méfier, les flics on les appelle « les patchs »

L’interviewer : « les patchs ? »

Pédro : « ouai, ouai, les patchs, donc voilà c’est tendu ici, mais on s’dit qu’si l’endroit est grillé on trouvera un autre endroit et c’est comme ça et pis d’t’façon même maintenant les clébards sont dressés pour sentir la fumée alors ! »

A la brigade des stupéfiants, le Commandant Philippe Racine dirige une unité spécialisée dans la lutte contre les fumeurs. En 2008, ses hommes ont interpelé pas moins de 1600 personnes dans la capitale.

Commandant Philippe Racine : « Les fumeurs ont beaucoup de mal à se fournir et ils s’associent en fait pour assurer les déplacements des dealers et acheter et fumer entre eux. Le cas classique c’est des fumeurs qui s’regroupent au sein de salles de sport, d’entreprises, ils se rassemblent entre eux, ils se reconnaissent, ils se font des petites soirées privées, ils essaient de brouiller un peu les pistes, ils vont appeler une soirée entre fumeurs, ils vont appeler ça une soirée « mikado », bon là pour faire allusion à la cigarette, les dealers ils appellent ça des allumeurs de réverbères. »

Cédric, 29 ans, est l’un de ces allumeurs de réverbères. Il a commencé par le deal de cocaïne, mais le marché devenant saturé, il s’est reconverti, il y a deux ans, en livreur de cigarettes. Ce soir, dans cette cave du 8è arrondissement, il effectue sa 6è livraison de la soirée.

Cédric : « C’est clair que maintenant les gens ont peur, ils ont peur d’avoir des clopes sur eux, les gens ont peur d’avoir des clopes chez eux, donc quand c’est comme ça ils m’appellent, ils me donnent leur adresse, leur code, et j’arrive.

Arrivée sur les lieux : « bonsoir ! », « bonsoir ! »

Cette étrange réunion de copropriétaires se tient 3 fois par semaine. Cette confidentialité a un prix, Cédric vend chacune de ses cigarettes, 15 euros.

Réunion : « c’est des Camels ou pas ? Non a ce qu’il paraît y’en a plus du tout des Camels » « Malborow »

Un participant : « Ben c’est sûr que quand les premières lois du tabac sont tombées, ben y a pas si longtemps que ça d’ailleurs, y a quoi, y a 4, 5 ans, j’me serais jamais imaginé me retrouver dans ma propre cave pour acheter des clopes et les fumer sur place. En même temps, finalement on a pu se rencontrer entre voisins, ça a même créé entre gens qui en sont, enfin entre gens qui fument, ça a créé une convivialité, une complicité entre nous quoi. »

A la fin de chaque réunion, les participants prennent toute fois la peine de s’asperger de déodorant pour éviter d’être repérés. En France, une arrestation de fumeur sur 3 a lieu après une dénonciation. Le plus souvent d’un proche, d’un voisin ou d’un collègue de bureau.

Cédric vient de recevoir un message : il effectuera 4 autres livraisons ce soir-là.

Depuis l’interdiction totale du tabac, les dénonciations donnent droit à des abattements fiscaux. Dans les immeubles, un voisin fumeur se repère le plus souvent à l’odeur, mais aussi au bruit.

Une voisine : « vous entendez ?! (on entend le vrombissement d’un aspirateur). C’est comme ça toutes les nuits, plusieurs fois par jour en plus, moi je vais vous dire hein, j’en peux plus ! Si ça continue, j’appelle les flics ! »

Dans l’appartement voisin, le visage masqué, Jérôme nous reçoit. Il fume sa traditionnelle cigarette d’après repas.

Jérôme : « ça l’aspirateur, c’est un truc que j’ai trouvé en surfant sur Internet, en fait y a pas mal de sites, de blogs, de forums pour les fumeurs et ça marche assez bien. »

l’interviewer : « vous avez conscience des plaintes de votre voisine ? »

Jérôme : « ouai, la voisine est venue sonner 2, 3 fois, mais en fait ce qui se passe c’est que j’entends pas quand elle gueule, parce que avec ça (l’aspirateur), j’entends de moins en moins bien de toute façon, surtout de l’oreille gauche. »

Le mois dernier, des opérations de police ont visé plusieurs établissements de nuit du quartier de Pigalle, ils étaient réputés pour abriter des fumeurs.

Commandant Philippe Racine : « comme ça quand on rentrait dans les discothèques, les boites de nuit, on avait beaucoup de mal à cerner les contrevenants, en général, dès qu’on rentrait, le Disc-Jockey lançait la machine à fumer, ce qui camoufle un peu l’odeur de la clope et qui permettait à tous les contrevenants de jeter leur mégots, de les éteindre et de les mettre dans leur poche, suite au prélèvement d’ADN. Mais on a beaucoup d’espoir, on vient d’être doté d’un nouvel appareil là, donc, qui permet en fait de capter les odeurs de fumée et tout ce qui est résidu de nicotine sur les fumeurs, 24h après la consommation de cigarette, vous voulez essayer ? »

Porte de Bagnolet, la plus importante gare routière de France. D’ici, des bus vous emmènent chaque jour à moindre coût vers une cinquantaine de destinations en Europe. L’endroit, est devenu un point de passage obligé pour ce que l’on appelle les travellers, les fumeurs qui, ne voulant pas être hors la loi en France, s’offrent régulièrement un séjour à l’étranger.

Jean-Baptiste et Audrey, un couple de travellers : « Moi j’aurais bien vu Londres, mais bon, ouai c’est un peu trop tard » l’interviewer : « et la destination en fait, vous importe peu ? »

Jean-Baptiste et Audrey : « en fait c’est d’arriver rapidement surtout, c’est ça qui compte. Là y a un départ dans une demi-heure, c’est bien, ouai, parce que tu vois Madrid ça va pas tarder mais, c’est un peu loin »

Pour Jean-Baptiste et Audrey se sera finalement Bruxelles, dans 5 heures...ils pourront fumer en toute liberté.

Quelques chiffres pour compléter ce reportage : la France compterait encore 40.000 fumeurs réguliers et en 2009, 3000 d’entre eux ont été condamnés par la justice.

Le second reportage de ce magazine, concerne les bonobos...

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